LOI Sécuritaire Psy

Lettre ouverte de la Fédération CGT Santé aux agents sur le projet de loi de réforme de la psychiatrie

 

mercredi 13 avril 2011

 

Cher(e) collègue,

 

L’Assemblée Nationale vient d’adopter le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge, portant révision de la loi du 27 juin 1990.

 

Sous ce titre faussement humanisant, se cache en fait la question du « soin obligatoire ». Cette loi permet d’assouplir les hospitalisations sous contrainte avec possibilité de se passer de tiers pour les hospitalisations à la demande d’un tiers (HDT), en ne s’appuyant plus que sur un seul certificat médical au lieu des deux actuels.

 

Une fois le patient hospitalisé, n’étant assuré de rencontrer un psychiatre de l’hôpital que dans les 72 heures suivantes, il est prévu d’organiser le soin à l’hôpital ou à domicile. Dans ce cas la seule réelle prise en compte du malade se limite à un planning de rendez-vous avec le psychiatre.

 

Quant aux sorties, si elles sont toujours accordées par le Préfet, celui-ci n’utilise le certificat médical que comme un élément de plus pour éclairer sa décision. La notion de l’ordre public est, de ce fait, au moins du même niveau que l’état de santé du patient. Ces certificats médicaux comportent en plus un pari sur l’évolution des troubles puisqu’il doit évoquer la dangerosité future du patient.

 

Cette loi s’articule principalement autour de préoccupations sécuritaires, le concept « de surveillance » vient percuter la conception du soin induisant gardiennage et déterminisme.

 

Dans notre quotidien professionnel

 

Tout professionnel de la psychiatrie devient auxiliaire de police puisqu’il aura l’obligation d’informer le directeur de l’établissement de la moindre absence du patient à un rendez-vous.

 

Le directeur en référera au Préfet.

 

Il n’est pas question de s’interroger sur la raison de cette absence, maladie, dépression, fatigue, empêchement… Ainsi, ce planning de « soin » est comparable aux exigences posées aux détenus en probation ou en injonction de soin. Etonnants soins, puisque seule la garantie de présence est requise. S’il est présent et se contente d’être assis dans le CMP, le patient est considéré comme ayant été pris en charge.

 

Quid de notre véritable travail, de l’histoire de la psychiatrie et de ses progrès depuis l’après-guerre ?

 

Comment s’occuper de patients dans un planning obligatoire pré pensé ?

 

Les files actives en constante augmentation, les fermetures de lits, sans moyens supplémentaires pour les soins et le suivi en ambulatoire, ont rendu le travail de secteur pratiquement impossible.

 

Notre travail a perdu beaucoup de sens, le travail sur le terrain du patient ne peut plus se faire et nous recréons l’exigence que celui-ci vienne sur le notre.

 

Comment travailler en réseau avec les différents partenaires ?

 

Comment pourrions nous accepter une telle loi qui stigmatise l’ensemble des usagers désignés comme potentiellement dangereux pour autrui.

 

Dans un contexte de démantèlement de la psychiatrie publique de secteur où le manque de personnel, la déqualification des postes, la précarisation des emplois, les formations inadaptées, les plans de retour à l’équilibre budgétaire, les restructurations des lieux de soin, la dégradation des conditions de travail, mettent déjà en difficulté des professionnels dans l’exercice de leurs fonctions, ne leur permettant plus de remplir l’ensemble de leurs missions et d’apporter une réponse de qualité aux besoins de la population.

 

Cette loi entraîne une atteinte aux libertés individuelles et aux droits fondamentaux, incompatible avec les valeurs de la république et de la démocratie.

 

Recevez, cher (e) collègue, nos bien sincères salutations.

 

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